Le Bien est le Mal!

Ou comment la morale paralyse et anesthésie le raisonnement.

Le raisonnement consiste à prendre des prémisses, des faits, à les assembler, les manipuler, pour créer de nouveaux faits, de nouvelles connaissances, pouvant être montés et démontés à volonté pour en vérifier la validité.
C’est un processus neutre dans le sens où il ne juge en aucun cas la valeur morale des assertions qui en résultent, mais uniquement la bonne tenue, la bonne logique de l’ensemble.

Une vérité, même scientifique, est une croyance : une croyance dans les prémisses ou les axiomes qui en sont à l’origine. La géométrie euclidienne affirme que deux droites parallèles ne se coupent jamais ou sont confondues. C’est un axiome ; c’est indémontrable. On l’accepte ou on le rejette. En l’acceptant, on croit en sa véracité et a contrario, en le rejetant on la met en doute. C’est ce qui est d’ailleurs le cas pour toutes les géométries non-euclidiennes, elles sont toutes valables, les unes comme les autres. La sélection d’une géométrie ou d’une autre va se faire par rapport au contexte et au besoin.

De la même manière, dans le raisonnement « philosophique », la pensée se construit entre autres sur des définitions de vocabulaires qui sont arbitraires mais admises comme justes.

On se retrouve ici avec un paradoxe : la pensée ne doit pas être dogmatique mais toute pensée repose sur un dogme.

Ce paradoxe est à mon avis une des causes de la bien-pensance actuelle. Le fait qu’il y ait un dogme à l’origine d’une réflexion peut laisser penser que la conclusion de la réflexion est un également dogme et donc, que cette conclusion n’a plus besoin d’être démontrée. Or la capacité d’une pensée à être démontrée est l’outil nécessaire et indispensable à son évolution et à sa validité.

Une fois une pensée construite, on peut décider à partir de critères personnels, contextuels, moraux, économiques, ou que sais-je, qu’elle correspond mieux à une problématique qu’une autre et décider d’en appliquer les conséquences.

La morale peut être une raison de sélectionner une pensée. Malgré tout, je constate fréquemment qu’elle vient empêcher certaines pensées qui pourraient aller contre elle d’exister avant même que ces pensées ne soient construites. On se retrouve alors avec des débats sur des sujets qui n’ont pas lieu d’être, sous prétexte que la conclusion du débat pourrait être en dehors de cette morale. C’est par exemple le cas avec les débats éventuels sur l’immigration, la nationalité, ou encore le racisme dans notre société française.

Or, si une société pour exister doit choisir son socle idéologique, le meilleur moyen de le garder intact et intègre est de le confronter aux autres pensées. Par exemple, le meilleur moyen de contrer le racisme n’est pas d’en faire un tabou mais de démontrer point par point pourquoi cette idéologie ne correspond pas à celle choisie par et pour la société. Ainsi, nous ne serons plus dans une pensée dogmatique du bien et du mal où ma pensée est bien par essence et donc où toute autre pensée doit être bannie. Ce dogmatisme a en effet pour conséquence directe l’intériorisation des pensées dissidentes qui couvent alors comme un feu sous la braise et qui explosent dès le moment propice. On se retrouve alors avec deux pensées ne pouvant donc être choisies par la raison, ce qui génère un conflit insoluble conduisant irrémédiablement à la chute de la société qui en est à l’origine.

D’autre part, il est étonnant de voir comment la morale s’immisce également dans le raisonnement lui-même, C’est-à-dire que la notion de Bien et de Mal est directement prise comme prémisse du raisonnement. beaucoup pensent que d’après la théorie de l’évolution, l’espèce évolue vers quelque chose de mieux. Or, oui elle évolue, mais vers quelque chose de plus adapté. Dans ce type de raisonnement, le Bien est alors défini par nature ce qui discrédite tout autre raisonnement qui ne contient pas cette définition du Bien. Le champ des possibles est alors réduit comme peau de chagrin ne laissant qu’une très faible place au débat.

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